
La création d’une AMAP peut aussi être impulsée par le paysan·ne directement ! Certain·es choisissent de créer leur propre AMAP dès leur installation, ou encore de transformer un système de paniers en un collectif structuré. Mais comment s’y prendre ? Quelles sont les étapes, les pièges à éviter et les clés de la réussite ? Trois maraîchers, Mathilde, Julien et Brice, ont partagé leur expérience dans un webinaire du cycle « échanges entre paysan·nes en AMAP ».
Pourquoi créer une AMAP ?
Pour les trois intervenant·es, la motivation est souvent la même : un attachement personnel au modèle et une volonté de créer du lien. Le modèle AMAP a en effet plusieurs avantages.
- D’amapien·ne à paysan·ne en AMAP : Mathilde nous a témoigné qu’elle était amapienne avant de s’installer. Familiarisée avec les AMAP et leurs valeurs, c’était devenu une évidence de continuer d’en faire partie, mais du côté paysan.
- Un système d’avenir : Julien voit dans l’AMAP un modèle idéal, « le système qui pourrait redévelopper l’agriculture » et qu’il aimerait voir exister dans chaque ville et villages.
- Un confort de travail : Tous s’accordent à dire que le modèle de l’AMAP, la visibilité financière qu’il apporte et le soutien des amapien·nes est bien plus confortable que d’autres systèmes de paniers. Par exemple, certain·es avaient en premier lieu mis en place un système de « paniers à la demande » qui s’est avéré chronophage et complexe à gérer.
Les étapes clés pour se lancer
S’entourer et se faire accompagner
Tous les intervenant·es insistent sur ce point : ne restez pas seul ! Le réseau des AMAP (les réseaux régionaux, ou le MIRAMAP) est un allié précieux. Pour trouver un réseau régional d’AMAP, c’est par ici.
- Pour une aide logistique et juridique : Ils vous aident à créer les contrats, rédiger les statuts de l’association, et comprendre les obligations. De nombreux autres accompagnements sont possibles sur une multitudes de points comme le montage de contrats accessibles, la mise en place des paniers solidaires, la mise en contact avec d’autres paysan·nes pour échanger autour de sujets comme l’adaptation aux changements climatiques etc…
- Pour les premiers contacts : Le réseau peut vous mettre en relation avec des bénévoles d’autres AMAP pour des témoignages, ou même avec des listes d’attente de consommateur·ices.
Constituer un noyau dur de bénévoles
Le plus grand défi d’une initiative paysanne est de ne pas tout porter seul.
- Les premiers paniers : Julien et Brice ont commencé par des paniers « à la demande » pour tester le marché, puis ont évolué vers le modèle AMAP.
- Le passage à l’AMAP : La dynamique change quand on demande aux consommateur·ices de s’engager. Pour passer le cap, organisez des réunions publiques. Brice explique que ces réunions permettent de « désamorcer les réticences » : le fait de ne pas choisir ses légumes devient une liberté et l’engagement annuel devient une sécurité.
Communiquer largement
Pour trouver ses premier·es amapien·nes, il faut sortir du cercle du marché. Encore une fois, les réseaux régionaux d’AMAP peuvent vous accompagner.
- Mairie & services publics : C’est la porte d’entrée principale. Elle permet d’obtenir des salles municipales, d’utiliser les panneaux d’affichage et de passer des annonces dans les bulletins municipaux.
- Réseaux associatifs locaux : Contactez les associations d’écologie, de solidarité, ou les tiers-lieux. Ils sont souvent en phase avec les valeurs de l’AMAP et peuvent relayer l’information.
- Le bouche-à-oreille : Les premiers clients, souvent rencontrés sur les marchés, sont vos meilleurs ambassadeurs.
Trouver un lieu de distribution
Le lieu est crucial. Si la ferme est une solution pratique, elle peut ajouter une charge mentale pour le paysan·ne, même si certain·es aiment tout de même le lien que ça crée. D’autres lieux sont possibles comme les tiers-lieu de votre région, ce qui permet de déléguer l’accueil ou la logistique. N’hésitez pas non plus à contacter les mairies qui peuvent mettre des espaces à disposition.
Le rôle du paysan·ne dans l’AMAP
Il faut faire attention quand on monte une AMAP en tant que paysan·nes : notre rôle n’est pas de tout gérer. L’objectif est de se concentrer sur son métier : produire.
- Le défis de la répartition des tâches : Chez Julien, une fois l’AMAP structurée, les référents (bénévoles) gèrent les contrats, les adhésions et les mails. Brice, lui, n’a « jamais mis un pied dans la partie administrative » grâce à l’accompagnement du réseau.
- Ne pas perdre de vue le rôle de la ou du paysan·e : Assurer la production, préparer les paniers, être présent pendant les distributions pour créer du lien.
- Profiter des avantages AMAP ! Le modèle AMAP inclut une forme de soutien et de solidarité envers le paysan ou la paysanne de la part des amapien·nes. Par exemple, Mathilde et Julien organisent des chantiers collectifs avec leurs amapien·nes : récolte des carottes, montage d’une serre, etc. C’est une excellente façon de renforcer les liens et d’obtenir un coup de main sur des tâches répétitives et épuisantes.
Les conseils de nos intervenant·es pour réussir
- Communiquez sur les difficultés : C’est le conseil d’or de Julien. Si un gel a détruit vos pommes de terre, dites-le à vos amapien·nes. La relation de confiance est la base du modèle.
- Ne portez pas tout tout·e seul·e : Trouvez un binôme avec un·e autre producteur·ice ou un·e bénévole moteur dès le début. La charge mentale est un vrai risque d’épuisement pour les paysan·nes.
- Réseautage : Brice insiste là-dessus : « Réseauter le plus possible, tout azimut. » Même si des portes se ferment, d’autres s’ouvriront. Plus le projet est collectif dès le départ, plus il sera solide.
- Acceptez que cela prenne du temps : Mathilde a mis un an à lancer son AMAP, car elle était en pleine installation. Brice a mis 4 ans pour passer de 0 à 35 paniers. La patience et la persévérance sont importants.
Conclusion
Créer une AMAP à l’initiative d’un·e paysan·ne est une aventure exigeante mais riche de sens. C’est accepter de « s’insérer dans un collectif, de laisser la main sur beaucoup de sujets pour que le collectif soit autonome » (Brice). C’est un modèle d’avenir qui permet de concilier la viabilité économique de la ferme avec un lien social fort et une alimentation de saine et de qualité.
Ressources :
- Créer une AMAP : Création d’AMAP – MIRAMAP
- 7 étapes pour créer son AMAP : Créer-une-amap.pdf
- Fiche « Comment répartir les rôles dans son AMAP » : Kit créateur_V1.pdf
- Retour d’expérience de la création d’une AMAP à Vanves : fiche_paniervanveen.pdf
