Lumière sur la nouvelle Charte de l’Agriculture Paysanne !

On dit souvent que l’Agriculture Paysanne (ou AP) marche sur deux jambes : le syndicalisme avec la Confédération paysanne et le développement agricole avec la FADEAR. Ces organisations, tout comme la multitude d’autres qui soutiennent l’AP (le MIRAMAP, par exemple), reposent sur un texte fondateur : la Charte de l’Agriculture Paysanne. Celle-ci a été réactualisée en 2025 et affiche désormais un nouveau principe qui résonne fort avec les défis que nous traversons : lutter contre les oppressions. Lors d’un webinaire de Décryptons l’AP, Margaux Girard – Animatrice Agriculture paysanne FADEAR et Confédération paysanne – et Elise Grossiord, – éleveuse dans le Jura, adhérente à la Conf Jura, présidente de l’ARDEAR Bourgogne Franche Comté, administratrice de la FADEAR, membre du groupe de travail sur l’Agriculture paysanne – sont venues nous présenter le tout ! 

Vous avez manqué le webinaire ? Pas de soucis, dans cet article, on vous propose de découvrir cette nouvelle charte, de comprendre son histoire et ce que ce nouveau principe change concrètement.

Au sommaire :

  1. Retour sur l’histoire de l’Agriculture Paysanne et de sa charte
  2. Lumière sur la Charte de l’AP 2025
  3. La nouveauté de 2025 : le principe 7 « Lutter contre les oppressions »

Retour sur l’histoire de l’Agriculture Paysanne et de sa charte

1960-1980 : Industrialisation et résistance paysanne

Les années 60 sont marquées, en France, par une volonté politique de moderniser et d’industrialiser massivement l’agriculture. Ce projet se concrétise avec les lois d’orientation agricole de 1960 et 1962, qui redistribuent les terres pour faciliter le développement des grandes et moyennes exploitations… au détriment des petites fermes et des paysan·nes. Tout cela se fait en collaboration étroite entre l’État et un syndicat unique, censé assurer la mise en œuvre sur le terrain.

C’est dans ce contexte que des résistances naissent, comme le prouve la lutte paysanne du Larzac. Moderniser, oui, mais de nombreux paysans refusent le système agricole proposé, la disparition des petites fermes, et aspirent à plus d’autonomie ainsi qu’à une autre voie face à l’industrialisation et au système productiviste.

Loin de rester dans une simple posture d’opposition, un mouvement de paysan·nes et de travailleur·euses se crée et réfléchit à un autre modèle agricole à proposer. Un modèle qui concilie modernité, diversification et multiplication des fermes, avec un revenu digne pour les paysan·nes.

1984-1998 : La construction d’un mouvement et la première charte

C’est ainsi, d’assemblées locales en rencontres nationales, que le mouvement se consolide et que les liens se tissent  :

  • 1984 : Création de la FADEAR (Fédération Associative pour le Développement de l’Emploi Agricole et Rural), association de développement agricole.
  • 1986 : Naissance de la Confédération paysanne, un syndicat.
  • 1998 : Le mouvement se dote d’un document fondateur : la Charte de l’Agriculture paysanne, ses 10 principes, ses 6 thèmes et sa définition officielle.

Zoom sur la Confédération Paysanne et la FADEAR

À lire sur leur site :
La Confédération paysanne dénonce la course effrénée à la compétitivité qui mène à la disparition de filières entières de production – nous ne serons jamais assez compétitifs vis-à-vis de pays qui ne s’embarrassent ni de règles sociales ni de respect de l’environnement.

Elle combat un modèle agricole qui conduit à la domination économique de quelques structures hyperproductives et hyperconcentrées, tout comme elle s’oppose à une vision de l’agriculture « paysagère » ou de loisir. Les paysans ont une mission qu’ils sont les seuls à pouvoir remplir : nourrir les hommes. Leur travail a une valeur et doit leur assurer un revenu juste.

À lire sur leur site :
La FADEAR et les ADEAR ont développé leur expertise en accompagnement des porteurs.euses d’installation agricole, jusqu’à accompagner aujourd’hui près de 7000 porteurs.euses de projet par an.

Aujourd’hui, les activités de la FADEAR et de son réseau s’organisent autour de 3 pôles

  • La formation
  • L’accompagnement à l’installation et à la transmission
  • Le déploiement et la défense de l’Agriculture paysanne

Le saviez-vous ? Dans le logo de la FADEAR, la taille des pétales n’est pas qu’un simple effet graphique ! Chaque thème reflète un des principes, qui a une position politique, et sa taille indique son niveau de priorité. Mais l’ensemble reste lié : tous les thèmes sont interdépendants.

Les années 90 : Formaliser l’AP via des outils concrets pour les paysan·nes

Loin d’être un label figé ou un cadre à respecter, l’AP est une démarche évolutive. Tout le monde peut s’engager dans cette démarche, puis tendre vers l’accomplissement de ses 10 principes. C’est d’ailleurs cette approche de « démarche », au cœur de l’ADN de l’AP, que les AMAP adoptent dans leur propre philosophie !

Ainsi, dans les années 90, pour diffuser l’AP et mobiliser autour de cette démarche, un panel d’outils à destination des paysan·nes se crée, comme le Diagnostic Agriculture Paysanne. L’objectif ? Se questionner sur ses pratiques, évaluer le nombre de fermes paysannes et leur évolution.

2000-2024 : La formalisation et l’élargissement de l’AP

L’AP poursuit son chemin et se diversifie. Les diagnostics et manuels s’appliquent désormais à une multitude de domaines : élevage, apiculture, viticulture, etc.

De plus, c’est tout un écosystème d’organisations et de mobilisations qui s’est créé et développé. Le Mouvement des AMAP en fait partie, tout comme des structures telles qu’InPACT, Terre de Liens, et tant d’autres. Nous vous en parlerons plus en détail dans un prochain article, issu du webinaire du même cycle sur les acteurs et actrices de l’AP.

Ces dernières années ont aussi été l’occasion d’actualiser la Charte, toujours dans une réflexion collective et de la manière la plus démocratique et horizontale possible. Processus d’écriture en sous-groupes, consultation des réseaux Confédération et ADEAR, temps de validation… un vrai travail d’intelligence collective ! En 2025, le nouveau texte est adopté et commence à être diffusé auprès des partenaires comme le MIRAMAP.

Lumière sur la Charte de l’AP 2025

Pourquoi avoir voulu réactualiser la charte ?

Loin d’être désuet, le texte de la Charte a tout de même bénéficié d’un coup de frais. L’objectif ? Renforcer certains principes à l’aune des défis de notre époque, comme les changements climatiques ou la gestion de l’eau – même si ces questions étaient déjà abordées dans le texte initial.

Un autre objectif très clair de cette actualisation était de simplifier le texte et de le rendre plus accessible. On est ainsi passé de 10 à 8 principes, mais sans suppression, juste par simplification. Exemple concret : la fusion de plusieurs principes liés à l’agroécologie pour créer un nouveau principe plus englobant : « Travailler avec la nature et le climat ».

Les principes de la Charte de l’Agriculture Paysanne

  • Répartir les moyens de production et le foncier afin de permettre au plus grand nombre de vivre du métier.
  • Appliquer la souveraineté alimentaire ici et ailleurs.
  • Travailler avec la nature, atténuer le dérèglement climatique.
  • Rechercher la transparence et la qualité des produits.
  • Viser l’autonomie maximale dans le fonctionnement des fermes.
  • Vivre et travailler avec le territoire.
  • Lutter contre les oppressions.
  • Raisonner toujours à long terme et de manière globale.

La nouveauté de 2025 : le principe 7 « Lutter contre les oppressions »

Le principe 7 est une véritable nouveauté dans la Charte, notamment parce qu’il dépasse le cadre du milieu agricole pour s’inscrire dans une dimension beaucoup plus sociétale. En voici la définition :

La motivation à l’origine de ce nouveau principe ? La volonté d’inscrire plus fortement la question du féminisme paysan, une thématique qui revient souvent au sein des organisations, notamment à la FADEAR et à la Confédération paysanne. Ces dernières travaillent de près sur les inégalités de genre – un sujet qui a d’ailleurs fait l’objet également d’un projet inter-ONVAR auquel le MIRAMAP a participé : le projet Dégenrons.

De ce point de départ, les discussions se sont élargies aux différentes dynamiques d’inégalités. L’idée était de ne pas se restreindre à une seule minorité, mais d’adopter une approche intersectionnelle. C’est-à-dire traiter la question des inégalités au prisme du cumul des discriminations (raciales, économiques, de classe, de genre, et autres ).

Les discussions ont aussi menées à la volonté de s’extraire du cadre de la seule exploitation agricole :on n’exploite personne, ni la terre, ni les animaux, ni les travailleur·euses (on travaille avec eux). Il s’agit également de rappeler des enjeux comme l’alimentation comme arme de guerre ou de paix ou encore de l’exploitation humaine en agriculture, avec par exemple l’utilisation de travailleurs saisonniers sous-payés et en situation illégale.

Enfin, il était important de valider l’existence des minorités dans le milieu agricole et leur droit à exercer ce métier en toute légitimité. Le faire, c’est réaffirmer le droit pour toutes et tous de vivre en ruralité.

Ressources :

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