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Retour sur le web-rdv : "La participation de tous et toutes aux projets de lutte contre la précarité alimentaire "

Compte-rendu du cinquième rendez-vous du cycle de web "Accessibilité alimentaire &AMAP", cycle organisé par le GT accessibilité du MIRAMAP, le 7 avril 2021.

Comment concrétiser l’ambition démocratique de l’alimentation durable ? Quelles conditions et quels freins à la participation aux projets d’accessibilité alimentaire ? Comment soutenir le pouvoir d’agir des habitant.e.s des quartiers prioritaires de la politique de la Ville ?

  • Intervention de Lotte DAMHUIS, sociologue spécialiste de la participation, investie dans le projet Solenprim – Solidarité en primeur(s) à Bruxelles. Solenprim est un projet de recherche-action participatif, développé collectivement par des organisations d’aide alimentaire, une plateforme d’achats solidaires et la Fédération des Services Sociaux. Il a pour objectif un accès durable pour tous à une alimentation diversifiée et de qualité.
  • Témoignages de Julia LEVEQUE et Zaineb AYADI BEN FRAJ de VRAC (Vers un Réseau d’Achats en Commun) sur la mise en place de groupements d’achats solidaires dans des quartiers prioritaires de la Politique de la Ville.

Pour la 5e web-rencontre du cycle « Accessibilité alimentaire et AMAP », nous étions 79 participant.es à nous intéresser à la question de la participation des personnes en situation de précarité alimentaire et/ou habitant.e.s de quartiers dits « populaires » aux projets d’accessibilité alimentaire. En effet, plusieurs projets sont expérimentés dans le mouvement des AMAP : créer de nouvelles AMAP ; mettre en place des contrats solidaires dans des AMAP existantes… L’enjeu qui se pose est alors d’intégrer les personnes dans les projets, les rendre actrices, faire avec elles et non pas pour elles.

Présentation du projet SOLEMPRIM par Lotte Damhuis.

En construisant avec les bénéficiaires de quatre services d’aides alimentaires (deux associatifs et deux publics), 4 actions se sont mises en place leur permettant de transformer leur rapport à l’alimentation : la création d’un groupement d’achat, une grainothèque, une prêterie et des ateliers de cuisine.

Questionner les objectifs de participation et de mixité sociale
Dans Solenprim, la participation des premiers concernés était au cœur du projet. Lotte Damhuis nous alerte toutefois sur deux écueils possibles lorsqu’on sollicite la participation de personnes bénéficiaires des dispositifs d’aide :

  • Avoir une approche misérabiliste, et envisager les personnes comme manquant « par rapport à nous »
  • Avoir une approche populiste en donnant raison aux personnes sans prendre en compte les logiques de domination sous-jacentes.

Voir ouvrage Le Savant et le Populaire en bibliographie ci-dessous.

Il est nécessaire de s’interroger sur le « pourquoi vouloir que les personnes qui bénéficient des projets d’accessibilité participent ? ». Parce que leur participation rendrait le projet démocratique permettrait le « faire avec » et non pas le « faire pour » ? Un des arguments souvent relevé est le souhait d’avoir des dispositifs inclusifs, avec une mixité sociale. Mais là aussi, il s’agit de s’interroger : pourquoi souhaitons-nous une mixité sociale, pour qui est-elle importante ?

L’exemple de Solenprim est marquant : les participants ont fait des visites d’initiatives d’alimentation durable (ex : un groupement d’achat, une AMAP). Les participant.e.s avaient la possibilité de rejoindre ces dispositifs-là mais n’y sont pas aller, préférant monter leur propre projet.
Lotte nous partage quelques raisons identifiées : fracture numérique, divergences d’intérêt pour les activités proposées, coût financier restant trop élevé, intériorisation d’un stigmate (ex : tarif différencié rappelant les demandes d’aides à l’administration), ou tout simplement l’impression de ne « pas se sentir à sa place », de ne pas se reconnaître dans les discours et les pratiques.
Dans le cas de projets locaux de Solenprim, les participant.e.s ont préféré s’organiser ensemble entre personnes rencontrant les mêmes contraintes et besoins, quitte à reproduire des schémas déjà existants mais mieux adaptés à leurs besoins (partage d’outils de jardinage ; groupement d’achats pour des fournitures scolaires…).

Ainsi, Lotte Damhuis souligne que la participation dans un projet ne va pas de soi, voire peut être un leurre démocratique. Dans le cas de projets avec des publics non homogènes, il ne faut pas sous-estimer le soutien de travailleurs sociaux et/ou d’associations car les dispositifs de participation ne règlent pas les problématiques d’élitisme social.

Les conditions de la participation

Ainsi si l’on souhaite mettre la participation de tous et toutes au cœur des projets d’accessibilité à une alimentation durable, voici quelques points de vigilance à prendre en considération :

  • Ne pas penser que les pauvres se nourrissent mal et plus largement considérer toute manière de vivre comme normal et sensée ;
  • Etre conscient de la « blanchitude » du mouvement et accepter de se décentrer, voire que les projets soient réappropriés différemment ;
  • Ne pas penser à la place des gens et partir de ce qui leur importe ;
  • Accepter que le processus participatif prend du temps, peut amener à un changement du projet initial ;
  • Bien prendre en compte le « coût » de la participation : cela prend du temps, de l’énergie, de la disponibilité…

VRAC Lyon – Vers un réseau d’achat en commun

Dans un second temps, Julia Lévêque et Zaineb Ayadi Ben Fraj nous ont présenté VRAC Lyon – Vers un réseau d’achat en commun - , réseau de 16 groupements sur Lyon, dont 2 groupements étudiants représentant 1026 foyers.
Pour VRAC, la principale mission est de réduire les inégalités alimentaires en créant des groupements d’achats de produits bio et si possible locaux dans les quartiers prioritaires de la politique de la Ville. Ces groupements d’achats sont ouverts aux habitants du quartier (pour une adhésion d’1€/an et prix coûtant sur les produits) et aux habitants des alentours (pour 30% des adhérent.e.s, pour une adhésion solidaire et un tarif à + 10% que le prix coûtant). L’association ne prend pas de marge et vit grâce à des subventions de fonctionnement. Toutefois, malgré ces prix attractifs, les intervenantes de VRAC soulignent que ces produits restent économiquement inaccessibles à certaines personnes en grande précarité.

La participation des habitant.e.s s’incarne de différentes manières : avant la création d’un groupement, ils sont sollicités pour partager leurs besoins et exprimer leurs attentes ; une fois le groupement créé, VRAC propose aux adhérents d’être bénévoles lors des prises de commandes, lors du conditionnement des produits ou lors des livraisons.
Enfin, VRAC propose à ses adhérent.e.s de prendre part à la vie associative et aux décisions stratégiques.

En témoigne le parcours de Zaineb Ayadi Ben Fraj, adhérente de VRAC depuis 2013 et actuellement vice-présidente de VRAC Lyon. Elle a découvert VRAC lors d’une dégustation de produits initiée par son bailleur social. Le bon goût des produits et la redécouverte de “saveurs de son enfance” l’ont conquise, elle a décidé d’adhérer à l’association.
S’intégrant au fil du temps et s’impliquant dans le conseil d’administration (CA), elle a interpellé l’association pour créer un collège habitant.e.s dans le CA. En effet, la participation des habitant.es aux CA était parfois déroutante voire difficile à cause de la vitesse des réunions et du langage technique utilisé. La création du collège habitant.e.s leur permet de se rencontrer en amont pour préparer les CA et comme le précise Zaineb « prendre le temps entre soi a été pertinent pour mieux participer aux décisions ».

Implication des habitant.e.s : la stimuler, pas la forcer !

Toutefois, même si la participation des habitant.e.s est au cœur du projet de VRAC, Julia Lévèque et Zaineb Ayadi Ben Fraj soulignent leur vigilance à ne pas forcer la participation, ne pas avoir une injonction à la participation. En effet, obliger les personnes à s’impliquer dans le projet en bloquerait plus d’une, pour des questions de temps, de pratique (comment participer à une réunion à 18h quand on a des enfants en bas âge ?) et pour des questions de légitimité, comme le pointait précédemment Lotte Damhuis.
Il s’agit plutôt de donner envie aux personnes de participer via les livraisons qui sont d’après Julia et Zaineb, de vrais espaces de convivialité et de socialisation, et via des animations comme les visites de fermes, ou l’organisation d’un concours de cuisine avec des chefs cuisiniers et rédaction collective d’un livre de recettes Femmes d’ici, cuisine d’ailleurs.

Des témoignages de participants rapportent des liens tissés entre des AMAP et des antennes VRAC, à Vénissieux et Saint-Etienne. Marc Alphandéry, du MIRAMAP et du Labo de l’ESS, rappelle l’intérêt de l’AMAP dans laquelle les adhérents sont à la fois bénéficiaires et bénévoles. Il résume les conditions de réussite d’un projet d’accessibilité alimentaire :

  • Avoir un lieu pour la sociabilité
  • Qui soit au coeur du quartier (proximité)
  • Prendre le temps pour tisser des liens de confiance et pérenniser le projet

Enfin, les échanges se clôturent autour du constat partagé que toutes ces initiatives à l’échelle locale ne doivent pas éclipser les responsabilités de la collectivité (et dans le respect du droit à l’alimentation de tous et toutes, donc dans le financement d’une alimentation digne pour tous et toutes) et la nécessité de se mobiliser collectivement pour des politiques plus ambitieuses aux échelles nationales et européennes. Evelyne, porte-parole du MIRAMAP rappelle la mobilisation en cours « Pour une autre PAC », ce qui permet une belle transition vers les web-rencontres suivantes !

Geneviève et Bénédicte du Réseau AMAP AuRA et GT accessibilité du MIRAMAP

Sitographie :

Articles :

Bibliographie :