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Acheter local et équitable : du consommateur responsable au citoyen responsable

Tribune publiée dans La Croix du 1er juin 2012

Produits locaux, circuits courts, produits biologiques, équitables et éthiques, finances solidaires, tourisme responsable... Les propositions dites de « consommation responsable » affluent. Leur point commun revendiqué : des modes de production respectueux de l’humain et de l’environnement. Est-ce seulement cela ? Loin s’en faut. Si de tels modes de production sont une condition sine qua non pour nous (et tout produit local ou biologique qui n’en tiendrait pas compte serait à exclure), nous nous inscrivons dans une démarche plus large.

N’opposant pas les initiatives de commerce équitable Nord/Sud et de rapprochements des consommateurs et agriculteurs sur un même territoire, nous les inscrivons bien au contraire dans une même logique. Puisque nous refusons de raisonner à l’échelle du « produit », comme nous en sommes trop souvent enjoints, il apparaît que les intérêts et les revendications des agriculteurs du nord comme du sud sont les même : vivre dignement de leur travail, ne plus subir les dérégulations d’un commerce international qui leur sont toujours défavorables, ne plus être esclaves des prix trop bas de l’agro industrie, lutter contre la marchandisation du vivant, respecter leur environnement.
C’est pourquoi, le commerce équitable ancré historiquement dans une relation nord/sud, s’inscrit aujourd’hui dans les relations partenariales et commerciales entre des acteurs du nord (des produits locaux équitables), du sud (essor du commerce équitable sud/sud) et en élargissant aussi ses champs (tourisme, musique, …). Les mécanismes de pression et de domination économique auxquels sont confrontés les paysans du Sud comme du Nord sont identiques et trouvent leur origine dans les mêmes choix politiques et économiques.
La question des prix proposés aux consommateurs est également essentielle. Il est souvent dit que ces produits locaux ou équitables sont plus chers, donc inaccessibles au plus grand nombre. Pourtant, est-il possible de comparer nos produits, nos filières à des produits issus de filières dans lesquelles les conditions de commercialisation sont injustes pour le premier maillon de la chaîne (le paysan), dont les impacts sur l’environnement sont importants et dont la qualité n’est aucunement comparable ?

Il semblerait que l’on ne puisse pas faire sans ces réseaux de la grande distribution qui permettent de proposer des prix bas aux consommateurs démunis de leur « pouvoir d’achat ». Il est important de rappeler que les prix trop bas le sont toujours aux dépens d’un ou de plusieurs acteurs d’une filière. La grande distribution permet des prix bas car elle manipule des gros volumes (qui ne sont pas anodins sur les impacts environnementaux), mais aussi parce qu’elle exerce des pressions souvent intenables dans la durée sur les transformateurs. Ne parlons même pas des conditions de travail et de salaire du personnel.

Nous n’acceptons pas alors des pratiques de réseaux de transformation et de distribution « mixtes » qui proposeraient certains produits « vertueux » et d’autres qui continueraient à bafouer les droits des producteurs du nord et du sud : nos producteurs laitiers au nord qui subissent les règles de l’agro industrie en savent quelque chose.

Aussi, la possibilité de consommer local et responsable doit se développer. Des initiatives citoyennes comme les AMAP, les Jardins de Cocagne, … le permettent.
Pour autant, un acte de consommation, même responsable, ne peut suffire à transformer profondément la société.
Il faut réinventer des lieux de distribution solidaires pour palier la disparition des commerces de proximité, des TPE et PME de la transformation des produits alimentaires de base.

En effet, nous devons, nous acteurs d’une économie équitable et solidaire, intégrer toutes les étapes de nos filières pour les rendre « responsables » et contribuer ainsi à un développement local, territorialisé, au service de tous les citoyens.

Nous devons ensemble proposer des alternatives qui tout en respectant les agriculteurs où qu’ils soient, les consommateurs et l’environnement, luttent pour qu’enfin s’instaure un autre modèle économique mettant l’humain au centre de ses préoccupations.
Pour permettre le développement de ces alternatives, elles doivent être encouragées, par les citoyens eux mêmes, mais aussi et surtout par les pouvoirs publics.

Fédération Artisans du Monde,
Confédération Paysanne,
Miramap (Mouvement inter-régional des AMAP).

Contacts presse :

Confédération Paysanne /Christian Roqueirol - 06 72 68 45 40
Miramap / Sylvie Barrans - 06 84 53 12 71
FAdM / Sanaâ NADIR - 06 64 31 47 13