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Retour sur la web-rencontre du 4 nov. : Se nourrir quand on est pauvre ?

Compte-rendu du premier rendez-vous du cycle de web "Accessibilité alimentaire &AMAP", cycle organisé par le MIRAMAP, le Réseau des AMAP Ile-de-France et Auvergne Rhône Alpes, le 4 novembre dernier.

Pour ce premier rendez-vous de notre cycle, nous nous sommes questionné.es : comment mieux comprendre ce que vivent les personnes "en précarité alimentaire" ? Comment se nourrissent-elles ? Qu’est-ce qu’elles en disent ? Comment dépasser les idées reçues que nous pourrions avoir ?

Les intervenantes suivantes ont partagé analyses et expériences :

  • Huguette BOISSONNAT-PELSY, Docteur du département santé d’ATD Quart Monde. Présentation des rapports "Se nourrir quand on est pauvre" et "57 euros par mois".
  • Sophie HEGE, chargée de projets alimentaires dignes et durables au Pays Terres de Lorraine. Présentation de l’expérimentation "La Dignité Dans Les Assiettes"

Plongée en Lorraine, où des travaux autour de l’accès à une alimentation digne et durable ont été menés par ATD Quart Monde et le Pays Terres de Lorraine.

Huguette Boissonnat, rappelle l’importance de l’alimentation dans la construction de l’identité individuelle, collective et sociale des personnes, ainsi que l’impact fort des normes sociales, culturelles, religieuses autour de l’alimentation. Les personnes en précarité alimentaire sont, par exemple frappées de plein fouet par les « injonctions paradoxales » des politiques de prévention : « Mangez bio ! », « Mangez 5 fruits et légumes par jour », quand pour certain.es le principal souci est tout simplement de manger.

Elle rappelle également les ravages que peuvent représenter une difficulté d’accès à l’alimentation ou une alimentation subie, dans une société de consommation où être citoyen.ne, c’est aussi être consommateur.trice : « C’est le fait de choisir et de payer qui est important », autant pour l’estime de soi que pour le rapport aux autres. Pour certains, « mieux vaut la faim que la honte  ». Or la honte est souvent présente lors des distributions d’aide alimentaire, quand le demandeur se sent passif, infantilisé, ou subi la maladresse ou le positionnement du bénévole aidant.

« L’alimentation est le vecteur de libération des personnes pauvres ». Quand on casse le cercle vicieux de l’alimentation, on peut se préoccuper du reste (l’emploi, la culture…). C’est ainsi qu’a été lancé le projet « Se nourrir dignement et durablement avec 57 euros par mois ». Dignement, car il s’agit de choisir et de reprendre du pouvoir sur son alimentation, et durablement car chacun.e est conscient.e de la nécessité d’accéder à des produits alimentaires de qualité. L’équipe d’ATD s’est alors lancée le défi de composer un panier de courses mensuel ne dépassant pas 57 euros pour le mois (reste à vivre de certains ménages, une fois les charges incompressibles payées), avec des aliments de qualité. Recherche des bons plans bio, des promotions, des achats groupés auprès de producteurs, auto-production… toutes ces stratégies, ces « expertises de la survie », ont permis à chacun.e de composer son panier digne et durable, mais également de reprendre la main sur son alimentation. En plus d’être actrices de leur alimentation, les personnes sont devenues tour à tour « expertes », « conseillères ».

Sur ces entrefaites, le territoire Terres de Lorraine (regroupement de plusieurs communautés de communes) s’est emparé de la question. Son Projet Alimentaire Territorial permettait de croiser les enjeux de reterritorialisation de l’alimentation et de lutte contre la pauvreté. Le Pays a alors rassemblé un collectif d’acteurs, qui a, ensemble, défini les chantiers prioritaires du territoire, à savoir :

  • l’accès à des produits locaux pour les personnes en situation de précarité alimentaire via la création d’achats groupés dénommés « emplettes et cagettes »
  • l’amélioration de l’aide alimentaire via la mise en place d’une co-formation des bénévoles, des salarié.es, et des personnes précaires sur le contenu de l’aide alimentaire et sur l’accueil des personnes.
  • l’accès au foncier via la mise à disposition de parcelles cultivables et la mise en place de jardins nourriciers.

La journée de forum « De la dignité dans les assiettes » en mars 2019, temps fort du projet, a rappelé encore et toujours que l’enjeu majeur des projets de territoires en termes de lutte contre la pauvreté, est de mettre au centre les personnes concernées. En tant qu’expertes de la précarité, elles ont des solutions à proposer ; les associer, c’est leur permettre de regagner confiance et dignité.

Les très nombreux participants (77 participants) à ce 1er web rendez-vous ont au fur et à mesure des interventions posé des questions via l’espace de discussion. Nous remercions chaleureusement Huguette BOISSONNAT-PELSY et Sophie HEGE pour leurs apports à nos réflexions collectives ... qui ne font que commencer !

Le 30.11.2020, par Bénédicte Pelloux-Prayer, animatrice sur les questions d’accessibilité alimentaire du Réseau des AMAP Auvergne Rhône-Alpes.

Rendez-vous mercredi 2 décembre pour le second rendez-vous du cycle de 18h30 à 20h. Dominique Paturel, chercheuse à l’INRAE interviendra sur les grandes notions autour de l’accessibilité.
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