Agir pour une agriculture alternative
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Campagne de mobilisation 2017 ’Nous mangeons, nous produisons, nous Décidons !’ / Texte de positionnement

Nous mangeons, nous produisons, nous décidons !

Une alimentation saine, de qualité et accessible à tous. Des paysages diversifiés et des territoires vivants, une biodiversité et une qualité de l’eau, de l’air et des sols préservés, des agriculteurs et agricultrices heureux de faire leur métier avec le désir de transmettre. Les politiques publiques ne devraient-elles pas être centrées sur ces objectifs ?

L’engouement pour les produits issus de l’agriculture biologique et paysanne et le développement des circuits courts sont la preuve que les français et les françaises sont disposés à faire évoluer leurs comportements alimentaires, et ce, bien au-delà d’un effet de mode ou d’une niche dans lesquels certains lobbys industriels souhaitent cantonner les agricultures alternatives au modèle dominant.

Un système agricole dominant en crise, qui ne répond plus aux attentes de la société
La plus grande partie des agriculteurs français subit une crise structurelle qui ne cesse de s’aggraver : travail à perte, endettement, problèmes graves de santé, suicides, non renouvellement des générations… Aujourd’hui, le constat est sans appel.

Et pourtant, malgré une certaine volonté politique (Plans Ecophyto I & II, Projet Agro-écologique de Stéphane Lefoll, loi 2014 d’avenir pour l’agriculture et l’alimentation, loi 2016 pour « faciliter l’ancrage territorial de l’alimentation » portée par Brigitte Allain), le système agricole dominant continue d’user des mêmes expédients avec le soutien des fonds publics : les agriculteurs français ont épandu 6% de pesticides en plus entre 2011 et 2014 et 9% de plus entre 2013 et 2014, le nombre d’exploitations continue sa chute vertigineuse au profit de l’agrandissement et de l’urbanisation, et le recours à la mécanisation et la robotisation est de plus en plus systématique au détriment de l’emploi agricole.
Parallèlement, les exemples d’agriculteurs qui retrouvent une qualité de travail et de vie en se convertissant au bio et aux circuits courts, notamment en transformant leurs production à la ferme, sont de plus en plus nombreux.…

De la co-gestion agricole...

Au sortir de la seconde guerre mondiale, la nécessité d’assurer l’indépendance alimentaire du territoire, le plan Marshall, faisait reposer de nombreux défis sur les épaules du monde agricole français. C’est dans cet esprit qu’a émergé une collaboration entre les responsables politiques français et les grands dirigeants du syndicalisme agricole dans le but de mener une politique volontariste visant à augmenter la production en modernisant les exploitations, quitte à provoquer l’exode rural. C’est le début de la cogestion Etat-profession, qui amplifie la vision apparue sous Vichy d’une « Corporation Paysanne », séparée du reste de la société
Le monde de 1960 n’est pas celui de 2017 mais cette cogestion a perduré… Les politiques publiques sont souvent décidées en concertation exclusive avec le syndicalisme majoritaire, quand ce dernier n’est pas laissé en position de gestionnaire des politiques publiques, se substituant ainsi aux services de l’Etat petit à petit détricotés.
Or les orientations prises, sur des sujets aussi sensibles que les OGM, les pesticides ou les grands projets d’infrastructures sont malheureusement bien souvent aux antipodes des attentes sociétales. Les citoyens acceptent donc de moins en moins de ne pas faire partie de la décision sur les questions agricoles.

... à l’urgence d’une réelle démocratie alimentaire pour réconcilier alimentation, agriculture et société

La profession agricole, dans toute sa diversité, les élus, les citoyens sont capables de prendre part aux décisions en vue de faire naître de nouveaux territoires, plus dynamiques, plus diversifiés, plus démocratiques. Il apparaît urgent que la décision ne soit plus circonscrite à une poignée de dirigeants. La logique corporatiste ne peut plus prévaloir dans les débats alimentaires et agricoles.
Il est temps de relier, à nouveau, de manière plus directe le monde de la production et celui de la consommation. Il est temps d’imaginer des instances d’orientation et de décision ouvertes aux premiers concernés : les mangeurs (citoyens-consommateurs). Il est l’heure d’associer les citoyens, non seulement en les consultant mais en les invitant autour de la table pour co-gérer l’alimentation, l’agriculture, l’urbanisme ou encore le développement économique. Car sans l’implication de tous, le système agricole, et par là l’offre alimentaire, ne pourront pas évoluer.
Favorisons l’émergence d’une nouvelle démocratie alimentaire, agricole et territoriale.
La survie de notre agriculture, l’accès à tous à une alimentation saine et de qualité, la souveraineté alimentaire, la lutte contre le dérèglement climatique et le dynamisme social et économique de l’ensemble de nos territoires en dépendent.

Pour ce faire, nous invitons les candidats à s’engager en faveur d’un décloisonnement des orientations et des décisions agricoles et alimentaires, à travers 2 actions :

1. Créer les conditions d’une démocratie alimentaire, agricole et territoriale vivante par l’ouverture à l’agriculture citoyenne de l’ensemble des instances de consultation, d’orientation et de décision en matière agricole, alimentaire et d’aménagement du territoire au niveau national, régional et local

o Sans l’Agriculture Citoyenne, les pesticides ont de beaux jours devant eux

CORENA (Comité de Révision des Normes en Agriculture). Créé au printemps dernier en réponse à la demande exprimée par le syndicalisme majoritaire, ce comité vise à revoir les normes agricoles existantes afin de les simplifier. Il est composé des syndicats agricoles, des coopératives, des chambres d’agriculture et des ministères de l’agriculture et de la santé. L’un des sujets traités par ce comité fut la préparation d’une nouvelle version de l’arrêté sur l’utilisation des pesticides qui fixe les moments d’épandage, les protections pour les utilisateurs ou encore les distances de sécurité pour les populations exposées. L’exclusion de l’agriculture citoyenne d’un tel comité conduit le syndicalisme majoritaire à dicter aux pouvoirs publics, sans aucun contradicteur, ses demandes visant à libérer l’utilisation des pesticides au mépris des attentes sociétales et des efforts consentis par toute une nouvelle génération d’agriculteurs.

o Avec l’Agriculture Citoyenne, la protection des terres agricoles est possible

CDPENAF (Comité Départementale de Préservation des Espaces Naturels, Agricoles et forestiers). La mission de ce comité est de donné des avis argumentés sur chacun des Plan Locaux d’Urbanisme des communes du département afin d’éviter le grignotage des terres agricoles. En Essonne, la CDPENAF est composée d’élus, de représentants du syndicalisme agricole majoritaire, d’association de défense de l’environnement ou encore de l’agriculture citoyenne à travers le Réseau des AMAP Ile de France. La composition hétéroclite de ce comité représente une réelle force pour la défense des terres agricoles. Loin d’être un lieu d’affrontement, il permet aux différentes agricultures du territoire de mieux se connaître et de s’apporter mutuellement afin de proposer aux élus des aménagements territoriaux cohérents avec les attentes sociétales.

2. Donner les moyens aux citoyens de participer à cette démocratie alimentaire, agricole et territoriale par l’appui à la création de Conseils Citoyens de l’Agriculture et de l’Alimentation dans les territoires pour le développement de projets agricoles et alimentaires.

Il s’agira de lieux d’information, de rencontre, de débat, de formation, de délocalisation de la décision en matière agricole et alimentaire, destinés aux citoyens, aux élus locaux, aux agriculteurs, transformateurs, distributeurs…

Nous partageons la conviction que la nécessaire évolution des pratiques agricoles et alimentaires vers des modèles durables, bio, paysans et citoyens, passe par le retissage de liens aujourd’hui distendus entre le monde agricole et le reste de la société, et demandons aux candidats à l’élection présidentielle et législative, ainsi qu’à leurs équipes et partis, de s’engager aux côtés du Miramap afin de renouer ce lien à travers ces deux actions.