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Compte rendu de l’atelier organisé lors de la Rencontre Nationale des AMAP - février 2020

Animation et compte-rendu de l’atelier du 8.02.2020 : Bénédicte et François
De nombreux enjeux et possibilités d’actions sont associés à la problématique de l’accès à une alimentation de qualité pour toutes et tous. Les participant-e-s de cet atelier ont pu échanger autour expériences, analyses, leviers et difficultés rencontrés dans leurs AMAP  : de la gestion de paniers non récupérés en fin de livraison à la mise en place de systèmes de paniers solidaires, en passant par d’éventuels partenariats avec des organisations locales. L’idée était de confronter ces pratiques aux constats et partis pris, plus généraux, issus de différents travaux, études et outils d’autodiagnostics et de formuler des propositions.

1/Tour de table  : paysage des participant-e-s

Un tour de table des participant-e-s a donné le paysage suivant  :

  • Une quinzaine de participant-e-s, indiquant un intérêt important pour le sujet  ;
  • La plupart venait du secteur (AMAP de Vernon et AMAP de Gasny dans l’Eure, une AMAP dans le Calvados, AMAP des Sablons dans l’Oise, AMAP de Limay en Seine-Saint-Denis, AMAP d’Asnières-sur-Seine, AMAP Ménilmontant à Paris, et un étudiant de Paris-Sorbonne ayant récemment découvert le mouvement des AMAP) dans lequel on compte aussi beaucoup d’AMAP (notamment en Île-de-France bien entendu), et Marc Alphandéry (membre fondateur du MIRAMAP et fin connaisseur de plusieurs dispositifs et analyses autour de l’accessibilité à une alimentation de qualité) de l’AMAP Croquevert (à Roquevaire dans les Bouches-du-Rhône)

2/Eléments de départ mis au pot commun : constats et partis pris généraux

Après une présentation de la problématique et des enjeux (alimentaires – critères de qualité, être à la portée de tout le monde, assurer la visibilité des systèmes mis en place, choix des personnes ciblées  ; tout en prenant en compte la dimension agricole en amont  : conserver de petits producteurs locaux face à la désertification, la difficulté à trouver des paysannes et paysans localement en zone fortement urbanisée), la première partie de l’atelier a consisté en un partage de plusieurs constats, ou partis pris, généraux.

L’accessibilité est une question économique, mais pas que   :

  • Accessibilité pratique  : géographique (proximité, concentration), moyen de paiement adapté, avance mensuelle de trésorerie plutôt que semestrielle ou annuelle, etc.
  • Accessibilité économique  : prix  ;
  • Accessibilité culturelle  : habitudes alimentaires, connaissance de l’AMAP, sensibilité aux enjeux agricoles et environnementaux etc.

Une attention particulière est à porter aux approches basées, volontairement ou non, sur la stigmatisation de certains publics, pouvant entraîner de la culpabilisation.

Quelques points de vigilance, en guise de principes généraux, sont aussi ressortis  :

  • Travailler en synergie avec les autres acteurs du territoire  : l’AMAP n’a, a priori, pas la compétence sociale et n’a pas vocation à l’avoir, elle doit travailler en partenariat.
  • Travailler sur le «  pour qui  » en montant un dispositif. Selon les publics visés, le dispositif ne sera pas le même. Pour des dons de légumes, il faut une cuisine, une capacité et une envie de cuisiner, etc.
  • Le besoin de précisions quant à ce qu’on entend par «  alimentation de qualité  ». Un référentiel serait par exemple bienvenu car la définition peut être très large.

3/ Partage d’expériences par les participant-e-s

Nous sommes ensuite passés à quelques retours d’expériences, avec la description de plusieurs expérimentations par des participant-e-s de l’atelier.

  • AMAP Ménilmontant (Paris)  : un tarif social a été mis en place, avec 20% du prix du panier pris en charge par les frais d’adhésion à l’AMAP. Il n’y a pas de partenariat spécifique avec les acteurs locaux (CCAS, association locale ou autre). La décision a été prise en bureau pour rendre l’AMAP accessible à des ménages à petits budgets. Difficulté rencontrée  : peu de succès du dispositif, peu de personnes ont souhaité prendre ce tarif. On note un malaise ressenti par les amapiens de proposer à certaines personnes ciblées. Les questions du choix des personnes et des formes de communication à mener reste posées.
  • AMAP à Vapeur (Avignon)  : Pour travailler sur le prix, il faut aussi travailler sur le modèle alimentaire et sur le «  manger différemment  ». Quelques amapiennes ont lancé un atelier cuisine avec un centre social qui a été très positif en termes de convivialité et sensibilisation, sans culpabilisation. Comment  ?
    - valorisation des savoir-faire des uns et autres en cuisine  ;
    - faire ensemble, cuisiner ensemble  : tout le monde sur un même pied d’égalité  ;
    - convivialité et dégustation ensemble.
  • AMAPopote lyonnaise  : Mise en place d’un double tarif  : réduit et solidaire. Les amapiens choisissent leur contrat d’eux-mêmes. C’est déclaratif (difficulté à savoir qui prend ces paniers). Retours  : Environ 1/3 de personnes en contrat tarif réduit pour 2/3 de personnes en tarif plein. Dernière AG  : une remontée de personnes demandant à avoir des informations pour choisir le contrat (ex  : pour personnes non imposables). Nécessité de resserrer les liens avec le centre social qui accueille la livraison de l’AMAP.
  • Paniers solidaires Marseillais   : en partenariat avec le Secours Populaire de Marseille, le réseau des Paniers marseillais a accompagné les bénéficiaires du don alimentaire à créer une AMAP sur un lieu de distribution du Secours Populaire. Retours  : L’approche s’avère efficace, ils sont dans leur 2e année. Beaucoup de demandes pour entrer dans le dispositif. Le Secours Populaire gère le suivi des personnes. Le paiement passe par le Secours Populaire qui fait un chèque global au paysan. Recherche de fonds extérieurs nécessaire  : par des fondations, entreprises et don citoyen (campagne «  adopte un panier  ») qui arrivent au secours populaire (défiscalisation possible) et qui sont fléchés sur ce dispositif.
  • Un dernier témoignage évoquait la tentative de monter des paniers solidaires. Mais personne dans l’AMAP n’a voulu faire partie du comité de sélection des personnes.

L’importance des AMAP étudiantes ont été évoquées brièvement, sans pouvoir approfondir lors de l’atelier, tout comme celui des projets pédagogiques en collège (en lien avec le réseau des AMAP AuvergneRhôneAlpes).
Parmi les connaissances partagées, certaines étaient issues d’expériences directement en lien avec une AMAP, comme ci-dessus. D’autres provenaient d’études et approches menées par des personnes et organisations particulièrement en prise avec les questions soulevées lors de notre atelier  : sociologues, réseaux CIVAM, réseau d’épiceries sociales, Labo de l’ESS, expériences de collectivités, cantines scolaires avec nourriture biologique, les bons alimentaires des CCAS, etc. Les références de ces travaux et outils sont à retrouver en dernière partie de ce compte-rendu.

Enfin, on note l’évocation de pistes supplémentaires d’inspiration pour la suite de nos travaux interrégionaux comme locaux  : par exemple le glanage, ou encore, pour faire du lien avec l’enseignement scolaire, les éco-délégués en collège.

4/ Discussions et conclusions de l’atelier

La question du prix peut s’avérer fondamentale en fonction des publics que l’on souhaite soutenir en AMAP  :

  • Bien que peu présente dans les AMAP, une partie de la population pourrait, a priori, accéder financièrement à la nourriture proposée par les paysannes et paysans en AMAP, des aménagements peuvent s’avérer nécessaires pour lever des craintes liées à l’engagement que cela représente, le tout avec un travail autour des autres freins déjà cités (géographiques, pratiques, culturels).
  • Pour d’autres publics, très précaires, des approches beaucoup plus poussées sont indispensables, avec des prix très bas à proposer, impliquant la mise en place de systèmes parallèle pour assurer de justes revenus aux paysannes et paysans.

Parmi les conditions pour envisager la généralisation et la pérennisation d’une initiative de paniers solidaires en AMAP, la suivante concerne l’implication des premiers concernés  : il est important de les mettre au cœur de la démarche, en favorisant leur participation et en évitant les discours injonctifs afin qu’ils s’engagent d’eux-mêmes en fonction de leurs possibilités, besoins et envies.

Enfin, pour améliorer nos capacités d’agir et décider quels principes d’actions seraient les plus adaptés aux situations rencontrées par nos AMAP, plusieurs échelles d’action sont à considérées  :

  • AMAP locale  : s’inspirer d’initiatives locales, ou encore mise en place de partenariat avec les acteurs locaux du territoire (collectivités, associations à vocation sociale, cafés et épiceries de produits biologiques et locaux avec politique de prix solidaire) pour devenir davantage inclusive.
  • Réseaux locaux, régionaux  : mise en place de partenariat avec des associations et recherche de fonds ou création d’une caisse de solidarité pour aider au financement.
  • Sur le plan national  : suivre les réflexions, capitaliser, participer aux groupes de travail (GT) nationaux (InPACT – Initiatives pour une Agriculture Citoyenne et Territoriale, SSA – Sécurité Sociale Alimentaire, etc.)
  • Dimension européenne   : se positionner sur le FEAD (Fonds Européen) comme, par exemple, le réseau des Jardins de Cocagne  ?

Compte-tenu de la grande diversité des entrées possibles pour agir sur le sujet, et des portes fermées que l’on peut rencontrer en fonction des envies et compétences des uns et des autres, du contexte local, des choix politiques des mandatures en cours, etc. un temps de réflexion collective semble être souvent nécessaire pour bien poser les intentions et lister les moyens et leviers. Partir sur un projet donné peut en effet s’avérer, rapidement ou à terme, inadapté voire peu efficace, amenant à des réajustements en cours, dont le manque d’anticipation peut détourner considérablement la direction prise des souhaits initiaux.
Les outils d’autodiagnostics, indirectement évoqués lors de l’atelier, représentent également une autre piste à creuser lors de la mise en place d’une initiative en AMAP d’accès à une alimentation de qualité pour toutes et tous  : les critères sur lesquels ils reposent concordent relativement bien à ceux évoqués lors de l’atelier. Une attention particulière devrait cependant être portée à la place des paysannes et paysans dans les systèmes envisagés (que ces derniers soient pensés dès l’amont de la production, et non en aval). A noter  : le projet ACCESSIBLE prend explicitement en compte cette dimension.
Afin de poursuivre les travaux, les participants sont invités à s’inscrire, s’ils le souhaitent, au groupe de travail en cours de construction au MIRAMAP autour du sujet de l’accessibilité alimentaire. Qu’ils s’inscrivent ou non, les références évoquées lors de l’atelier leur seront transmises, notamment via le présent compte-rendu. Et ils pourront bien sûr continuer les évolutions de nos projets et actions, via de prochains articles dans les lettres d’infos MIRAMAP.

Pépites et râteaux des participant.es

Pépites de l’atelier

Partenariat nécessaire
Complémentarité des initiatives et tiers-lieux alimentaires où intégrer les AMAP, agir en proximité
Sécurité sociale alimentaire  : à creuser
Solliciter les Comité d’Entreprise  ?
Arriver à sensibiliser en entrant par l’éducation des enfants (écoles, collèges, etc.)
Sujet d’actualité qui touche largement

Râteau  : Souvent besoin de financements extérieurs

Références citées dans l’atelier et pour aller plus loin

«  Adopte un Panier  ». Expérience des Paniers Marseillais.
«  Des Contrats Solidaires à l’AMAPopote lyonnaise  ». Fiche de partage d’expériences, issues du chantier de recueil d’expérience du MIRAMAP. Bénédicte Pelloux-Prayer (Réseau AMAP AuvergneRhôneAlpes).
L’Outils d’Autodiagnostic des Pratiques d’Accès à une Alimentation de Qualité Pour Tous (AAQT). Fiche issue du projet FRUGAL Research (Formes urbaines et gouvernance alimentaire). Séverine Saleilles (Université de Lyon 1) et Emilie Lanciano (Université Jean Monnet, SaintEtienne). http://projetfrugal.fr
ACCESSIBLE, Initiatives Pour un Accès à l’Alimentation de Qualité et Durable Pour Tous. Projet de recherche-action pilote. 2016-2019. www.civam.org
Film «  La Part des Autres  » en lien avec le projet ACCESSIBLE.
«  Contre la précarité alimentaire  ». Stage 2009 avec le Labo de l’ESS (cité par Marc Alphandéry).
Programme Uniterres. Démarrage en 2012. Réseau A.N.D.E.S. (Association Nationale de Développement des Epiceries Solidaire. Cf https://www.avise.org/portraits/uniterres ou https://www.resolis.org/fiche-pratique/uniterres-quand-l-aide-alimentaire-soutient-l-agriculture-locale/314
Sécurité Sociale Alimentaire (SSA)  : exemple de la ville de Grande-Synthe (cf Marc Alphandéry).
Travaux AGORAé autour des «  précarités alimentaires  » (cf Marc Alphandéry et https://www.fage.org/innovation-sociale/solidarite-etudiante/agorae-fage/).
Les Râteleurs, Association en Nouvelle Aquitaine pour le "bien-vivre" alimentaire. à Sainte-Foy-la-Grande (Gironde). Cf https://www.lesrateleurs.org/
Défis Famille à Alimentation Positive.